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Jean-Pierre Bourgin (1944-1994)
En
1967, à sa sortie de l'Agro, Jean-Pierre Bourgin est accueilli
en stage de fin d'études par Jean-Paul Nitsch, directeur du Laboratoire
de Physiologie Pluricellulaire du CNRS. Jean-Pierre Bourgin réalise
alors une
série d'expériences remarquables, qui ouvrira de nouvelles
perspectives en biologie végétale et en amélioration
des plantes : il met au point une méthode de culture in vitro
d'anthères de tabac qui permet d'obtenir directement des embryons
haploïdes, dont le développement conduit à des plantes
haploïdes viables même en serre. Cette approche sera ensuite
largement exploitée pour la production de plantes haploïdes
chez de nombreuses espèces végétales. Les méthodes
d'haplo-diploïdisation permettent en effet d'obtenir en une seule
étape une lignée homozygote pour tous ses caractères,
par doublement du stock chromosomique d'une plante haploïde. Ces
techniques sont encore très utilisées dans le cadre de programmes
d'amélioration des plantes.
Après ce travail décisif,
Jean-Pierre Bourgin est recruté à la Station Centrale de
Physiologie Végétale de
l'INRA de Versailles, dans le service de Biochimie Cellulaire Végétale
dirigé par Georges Morel, auteur de travaux révolutionnaires
en biologie végétale, et pour qui Jean-Pierre Bourgin gardera
toujours une profonde admiration. C'est dans ce laboratoire qu'ont été
mises au point plusieurs techniques de culture in vitro de tissus
végétaux, notamment la multiplication végétative
par culture de méristèmes.
A
cette époque, on rêve d'appliquer les concepts de la génétique
microbienne aux organismes pluricellulaires eucaryotes. En particulier,
l'utilisation de cribles sélectifs sur de grandes populations de
cellules bactériennes a permis l'isolement de nombreux mutants
"biochimiques", affectés dans diverses fonctions métaboliques.
A son retour du service national, en 1971, Jean-Pierre Bourgin va s'attacher
à développer une telle approche sur les cellules végétales.
Jean-Pierre Bourgin fera adopter Nicotiana
plumbaginifolia comme espèce modèle en biologie
cellulaire, cette espèce étant strictement diploïde,
donc mieux adaptée à la recherche de mutations récessives.
Avant la généralisation de l'utilisation d'Arabidopsis
thaliana , cette espèce était encore utilisée
dans de nombreux laboratoires dans le monde.
Jean-Pierre
Bourgin met au point l'isolement de mutants biochimiques à partir
de cellules de tabac, en utilisant comme crible sélectif une dose
toxique de valine. Il démontre que la fourniture d'un excès
de cet acide aminé rétroinhibe la biosynthèse de
l'isoleucine et de la leucine chez les plantes, comme cela avait été
observé chez les bactéries. Une série de mutants
résistants à la valine sont sélectionnés à
partir de protoplastes mutagénisés aux rayonnements ultraviolets.
Des plantes régénérées à partir de
ces protoplastes sont elles-mêmes résistantes, et capables
de transmettre en descendance cette caractéristique. La publication
de ces travaux dans la revue Molecular and General Genetics a
constitué l'un des tout premiers exemples de transposition des
concepts de la génétique microbienne à un eucaryote
supérieur (Bourgin JP 1978. Valine resistant plants from in
vitro selected tobacco Cells. Mol. Gen. Genet. 161,
225-230).
Au tout début de ces travaux de
génétique cellulaire, le laboratoire est profondément
déstabilisé par le décès de Georges Morel
survenu en 1973. Il est même question de le fermer. Cependant, la
direction de l'INRA proposera à Jean-Pierre Bourgin de prendre
en charge la direction du laboratoire. Heureuse décision pour qui
connaît la suite de l'histoire du laboratoire, désormais
rebaptisé Laboratoire de Biologie
Cellulaire.
Sous
l'impulsion de Jean-Pierre Bourgin et d'Yves Chupeau (Directeur adjoint),
le laboratoire connaît dans les années qui suivent une profonde
mutation. Grâce a ses qualités exceptionnelles de gestionnaire
et d'animateur scientifique, Jean-Pierre Bourgin va faire de ce laboratoire
un pôle mondialement reconnu dans le domaine de la génétique
cellulaire et moléculaire végétale. Dès sa
prise de responsabilité, il établit un climat de confiance,
d'accueil et de respect mutuel dans le laboratoire, et de nombreux scientifiques
(Michel Caboche, Georges Pelletier, Alain Deshayes, Francine Casse-Delbart,
puis Michel Laloue, Marc Jullien, etc) vont demander leur rattachement
à l'équipe. Les nouveaux arrivés partagent le goût
et la volonté de mettre à profit de nouvelles possibilités
expérimentales en biologie végétale, afin d'exploiter
au mieux les complémentarités entre génétique
cellulaire et biologie moléculaire pour l'étude de problèmes
fondamentaux ou agronomiques. L'explosion que le génie génétique
végétal a connue par la suite a confirmé le bien-fondé
de ces choix scientifiques précurseurs. Jean-Pierre Bourgin a su
développer et maintenir au sein du laboratoire des modes de fonctionnement
et un état d'esprit tout à fait particuliers, basés
sur la solidarité et la concertation.
Ses collègues, les étudiants
et jeunes chercheurs passés dans le laboratoire et tous ceux qui
l'ont côtoyé garderont le souvenir d'une personnalité
extraordinairement attachante et complexe, foisonnante d'énergie
communicative, où se mêlaient une profonde et sincère
modestie, un dévouement et un enthousiasme sans faille, une foi
inébranlable dans les vertus de l'intelligence et de la communication.

Le Laboratoire de Biologie Cellulaire en 1992
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